EVRAS auprès des personnes déficientes intellectuelles

12 juin 2012 - Question orale à la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances

 

Références

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Comme on l’a exprimé très justement dans la déclaration de politique communautaire, « une approche positive de la vie relationnelle, affective et sexuelle tout au long de la vie permet de diminuer fortement les facteurs de risque : grossesses non désirées, faits de délinquances sexuelles, infections sexuellement transmissibles ». Plus globalement, l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle – qui fait partie intégrante de la politique de promotion de la santé – permet également aux citoyens de faire des choix responsables pour leur santé.

La Fédération Wallonie-Bruxelles, en collaboration avec la Wallonie et la Commission communautaire française, a lancé de nombreuses actions, notamment les modules d’animation à la vie relationnelle, affective et sexuelle dans les écoles. La Fédération espère ainsi toucher l’ensemble des jeunes citoyens.

Cependant, pour que cette éducation ait une résonance, il faut veiller à adapter les outils pédagogiques au public visé. Or ce public ne se limite pas au milieu scolaire. Les personnes handicapées mentales sont aussi concernées par l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle ; dès lors les messages et le mode d’intervention doivent être simplifiés, ajustés.

La presse a récemment évoqué l’action adressée aux publics déficients intellectuels par le centre de planning familial de Waterloo et récompensée par le prix Égalitude par la Wallonie. Toutefois, ces actions sont actuellement très ponctuelles.

Aborder la vie affective et sexuelle des handicapés mentaux reste un sujet tabou qui peut gêner ou faire peur. Pourtant, les personnes déficientes intellectuellement ont besoin de parler de leur vie relationnelle, affective et sexuelle, d’être entendues, conseillées et informées. Cela importe à leur autonomie et à leur intégrité personnelle.

Madame la ministre, quelles sont les initiatives destinées aux personnes déficientes intellectuellement ? La Fédération leur apporte-t-elle un soutien ? Y a-t-il des synergies avec le gouvernement de la Wallonie et/ou de la Commission communautaire française afin d’assurer une offre de services cohérente et coordonnée en matière d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle pour personnes handicapées mentales ?

Des modules d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle sont organisés dans l’enseignement spécialisé. Pouvez-vous nous préciser en quoi ils consistent ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel, de la Santé et de l’Égalité des chances. – Un projet d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle pour des personnes déficientes intellectuellement et mentalement a été exécuté par le service spécialisé du professeur Michel Mercier des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur durant de longues années. Ce projet a été financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Actuellement, nous finançons un projet du même type, développé par la même équipe pour les personnes physiquement déficientes. À la suite de la mise au point de nombreux projets pilotes auprès des personnes handicapées mentales et de nombreux échanges avec d’autres experts internationaux, l’équipe du professeur Mercier s’est attachée à former les acteurs traditionnels de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, les centres de planning familial ainsi que les animateurs de la plupart des centres qui accueillent des personnes déficientes mentalement.

Elle a également développé des outils appropriés pour aborder les questions de sexualité avec les personnes handicapées, notamment une valisette pédagogique à destination des animateurs chargés de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle qui travaillent avec ce public spécifique.

Les centres de planning familial et les centres d’accueil pour personnes déficientes mentalement dépendent des Régions. Je ne dispose pas de statistiques permettant d’évaluer si la demande excède l’offre en animations pour élèves handicapés mentaux.

Il existe une lacune bien identifiée auprès des jeunes intellectuellement, socialement, économiquement et culturellement défavorisés. Plusieurs expériences-pilotes ont été menées dans l’enseignement pour aborder ces questions de manière adéquate avec les jeunes qui manquent de perspectives d’avenir et de valorisation sociale souvent à l’origine de mariages précoces, de grossesses précoces, de violences familiales et conjugales, de pauvreté… Cependant, même si l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle auprès de ces jeunes peut s’avérer utile, ce ne peut être suffisant pour remédier à tous leurs problèmes.

Pour ce qui est de l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle dans l’enseignement spécialisé, nous ne possédons pas d’éléments permettant de juger de son efficacité. Je vous invite à interroger les ministres de l’Enseignement obligatoire et, pour la Wallonie et Bruxelles, de l’Action sociale.

M. André du Bus de Warnaffe (cdH). – Madame la ministre, je vous remercie pour cette réponse. Je ne manquerai pas de suivre votre suggestion et d’interroger les ministres que vous citez. Le sujet n’est pas évident à traiter car il fait référence à des représentations figées. Nous avons intérêt à en parler pour faire évoluer les mentalités.